LES EQUIPES NATIONALES

(1942 - 1945)


I - LA CREATION DES EQUIPES NATIONALES EN FRANCE

Les "EQUIPES NATIONALES", le seul mouvement de jeunesse important organisé par le gouvernement de VICHY n'a été que rarement et sommairement relaté dans la documentation concernant " L'Etat français". Il n'est cité que dans les ouvrages des historiens et chercheurs comme André BASDEVANT, Pierre GIOLITTO, Jacques DUQUESNE, Bernard COMTE et le britannique Wilfred D.HALLS. C’est surtout l'étude de l'historienne israélienne Limore YAGIL de l'université de TEL AVIV, qui, spécialiste de l’histoire de la jeunesse pendant la guerre 39-45, a analysé les archives de l’époque et présenté une synthèse du nouveau mouvement dans un chapitre de sa thèse "L'homme nouveau et la révolution nationale de VICHY" ( Presses universitaires du Septentrion)

Ces spécialistes de l'histoire du gouvernement de VICHY expliquent les raisons de la création des EQUIPES NATIONALES. Ils analysent la motivation des dirigeants et l’œuvre globalement positive accomplie par cet essai d'un encadrement par l'Etat d'une jeunesse que l'on voulait unique. Le nouveau mouvement fut créé en août 1942 non sans difficultés par Georges PELORSON adjoint au Secrétaire d'état à la Jeunesse .

Après l’armistice de juin 1940,le gouvernement avait en effet pris conscience que la jeunesse pourrait être un facteur essentiel du renouveau de la nation assommée par une défaite militaire écrasante. Il créa ainsi au sein du secrétariat d'état à l'instruction publique, un secrétariat général de la jeunesse qui fut d’abord dirigé par Georges LAMIRAND jusqu’en mars 1943, puis par Félix OLIVIER - MARTIN jusqu’en Décembre 1943. Ramené à un simple commissariat à la jeunesse, c’est Maurice GAÏT et enfin TARTARIN jusqu’à la disparition du régime de VICHY, qui en assurèrent la direction.

Le maréchal PETAIN, chef de l’Etat Français n’était pas favorable à un mouvement unique de la jeunesse, contrairement à certains membres du gouvernement LAVAL impressionnés par la puissance et le fanatisme des jeunesses hitlériennes. Le Maréchal préférait "une jeunesse unie à une jeunesse unique".

Fervent chrétien, d'une grande culture, passionné par les problèmes sociaux et admirateur de LYAUTEY, Georges LAMIRAND âgé de 42 ans était centralien. Il avait été avant la guerre directeur général des usines RENAULT. Son directeur de la jeunesse Pierre GOUTET avocat au Conseil d'état avait été un des dirigeants nationaux du scoutisme; Louis GARRONE un "chrétien social" lui succéda. Ces personnalités aux grandes qualités morales et intellectuelles proposèrent dès novembre 1941, une charte de la jeunesse où ils insistaient sur la nécessité d’une union des jeunes pour "vaincre la misère".

En zone libre, l’Etat français avait le contrôle des mouvements de jeunesse déjà existants avant la guerre comme le scoutisme français (115 000 adhérents) l’A.C.J.F qui a compté jusqu'à 2.300.000 adhérents, les auberges de la jeunesse ; ou des mouvements nouvellement créés comme les Compagnons de France d'environ 30 000 adhérents, La Jeunesse de France et d’Outre mer, les Jeunes du Maréchal etc. Dans sa prétention d’inculquer un ordre civique et moral le chef de l'état proposait entre autres, la restauration de l’esprit national dans le cadre des réalités françaises et de la construction de l’Etat nouveau par la "Révolution nationale".

En zone occupée, en dehors des "Jeunes du Maréchal" (association qui s'orientera rapidement vers un total engagement pro allemand), les seuls mouvements autorisés par l’occupant concernaient uniquement les sections de jeunesse affiliées aux partis politiques adeptes de la collaboration avec le Reich : Jeunes du R.N.P de DEAT , Jeunes du P.P.F de DORIOT, jeunes Francistes de BUCARD etc. Leurs effectifs ne dépassaient pas au total, une quinzaine de milliers de membres. Il ne restait aux jeunes de la zone occupée que l'éventuelle adhésion à des organisations sans but politique et sans grand intérêt éducatif, comme "La ligue maritime et coloniale" très en vogue dans les lycées et les " Jeunesses musicales de France" qui connurent un grand succès même après VICHY.

Pour former les dirigeants des mouvements de jeunesse et des organisations de l’Etat, des écoles de cadres furent crées dont les plus connues sont la célèbre école d’URIAGE dirigée par DUNOYER de SEGONZAC (dissoute par LAVAL fin 1942) et en zone occupée, l’école de LA CHAPELLE EN SERVAL dirigée par Jacques BOUSQUET. Il est à noter qu’entre les deux écoles, n’existait aucune unité de doctrine, mais celle de LA CHAPELLE EN SERVAL a été marquée par BOUSQUET très "Europe nouvelle". Ces écoles de cadres étaient dans l’esprit de leurs promoteurs, des institutions de formation civique et révolutionnaire où devaient passer obligatoirement les futures élites de la nation.

Devant les difficultés rencontrées par le Secrétariat à la jeunesse, par l'attitude critique des différents mouvements existants (en particulier l'A.C.J.F) ou nouvellement créés, l'idée d'un vaste mouvement national et unique pour rassembler l'ensemble de la jeunesse dans l' esprit, "Révolution nationale" faisait son chemin. Georges PELORSON, normalien, spécialiste de la jeunesse sera bientôt le créateur du nouveau mouvement de jeunesse de l'Etat qu'Abel BONNARD, nouveau ministre de l'Education nationale appelait de ses vœux. L’ampleur des dommages provoqués par les raids aériens alliés, avait de plus, conduit le gouvernement à étudier comment utiliser les jeunes pour pallier l'insuffisance des secours et aider les populations en détresse. Cette situation a favorisé la naissance des EQUIPES NATIONALES. Les autorités d'occupation tolérèrent le nouveau mouvement, tout en restant méfiantes. Elles en surveillaient discrètement le développement.

Le premier inspecteur général des Equipes Nationales (nommé en novembre 1942) était Pierre CLAUDEL,remplacé, en Mai 1943, par Olivier RABAUD jusqu’à son arrestation par les allemands en Février 1944, enfin Alain BARON jusqu’à la Libération.


II - LES DEBUTS DES EQUIPES NATIONALES

C’est en Août 1942 que Georges PELORSON chargé de la propagande au Secrétariat de la jeunesse, a présenté à PARIS, le projet de création des EQUIPES NATIONALES au cours d’une réunion des responsables des mouvements de jeunesse, présidée par LAVAL devenu chef du gouvernement.

Pour ses créateurs, les EQUIPES NATIONALES ("Service d'honneur de la jeunesse" disait PELORSON) avaient pour ambition d’encadrer le volontariat de la jeunesse pour l’action civique et sociale et les employer à des missions d’intérêt national. On en venait donc, sous la pression du gouvernement LAVAL mais aussi des évènements de guerre à envisager la création d'un mouvement de jeunesse unique. Cette idée n'avait pas la faveur du maréchal PETAIN ni de ses conseillers intimes.

Malgré des réticences et des oppositions, en particulier de l' influente " Action catholique de la jeunesse française " (A.C.J.F), qui craignait non sans raison, une main mise de l’état sur les jeunes, le nouveau mouvement rayonnant sur les deux zones se révéla plutôt une aubaine pour les organisations de jeunesse interdites en zone occupée. En particulier le scoutisme trouva dans les EQUIPES NATIONALES une structure d’accueil lui permettant de poursuivre discrètement une partie de ses activités. Le chef CLAUDEL nommé "Inspecteur général", a été le premier dirigeant des Equipes nationales ( d’octobre 1942 à mai 1943) Puis il a été remplacé par Olivier RABAUD, secondé par Jacques MESNIER. Ils ont été les seuls maîtres d'œuvre du mouvement naissant et l'ont développé rapidement.

Olivier RABAUD s’est montré de fait, d'une efficacité remarquable dans l'organisation d'un mouvement numériquement important. Calme, pondéré, il a su résister aux fortes pressions d'une orientation politique douteuse émanent des dirigeants du Secrétariat général, . En quelques mois, il a pu mettre sur pied un mouvement qui a du atteindre quelque 30 000 adhérents dans les deux zones, malgré la méfiance grandissante des autorités occupantes, et de certains membres du gouvernement LAVAL. Ces derniers voyaient dans le jeune mouvement un refuge ou une couverture pour des opposants à la politique de collaboration. Ils craignaient même un noyautage par les organisations de résistance comme l'O.R.A, le M.U.R, l'O.C.M ( ce qui s'est d'ailleurs produit ).

Effectivement les directives d’Olivier RABAUD, dans ses instructions mensuelles, ne laissaient pas apparaître une tendance ou propagande collaborationniste, malgré la position d' Abel BONNARD et de PELORSON ( voire de l’occupant ). Cette attitude courageuse n’a pas manqué de provoquer son arrestation en Février 1944 par la police allemande. Il fut remplacé à la tête des EQUIPES NATIONALES par Alain BARON mieux orienté vers la ligne gouvernementale. Le nouveau mouvement a ainsi recruté ses adhérents sur tout le territoire national ( Zone libre et zone occupée ) selon une hiérarchie nationale, régionale et départementale.

A l’échelon national, l’Inspecteur général avait sous son autorité directe les chefs régionaux, qui commandaient les chefs départementaux par lesquels se faisait le recrutement des volontaires et temporaires.


III - LE GRAND DESSEIN DES EQUIPES NATIONALES

La plupart des directives portent donc la signature d’Olivier RABAUD, principal artisan de l’organisation administrative et du programme éducatif des EQUIPES NATIONALES. On remarque que l'esprit qu'il essayait d'insuffler au nouveau mouvement national s’inspirait beaucoup du scoutisme. Cette ancienne mais toujours moderne structure avait depuis longtemps élaboré une originale doctrine pour une éducation physique et morale des jeunes par le biais d'une organisation rigoureuse. Toutefois, Olivier RABAUD y avait également intégré peu ou prou l'ambiance et l'esprit des Chantiers de la Jeunesse et des Compagnons de France. Un vaste programme d’éducation civique et patriotique pour les jeunes volontaires, est ainsi né de cet amalgame qui a forcément été influencé par l'ambiance d’une époque troublée et instable sur le plan politique. Mais ce sont les évènements de guerre et leurs conséquences sociales qui ont fini par prévaloir dans la définition des missions imparties aux EQUIPES NATIONALES et limité le "Grand dessein" espéré.

Pour Georges PELORSON, les EQUIPES NATIONALES devaient avoir pour ambition de forger un jeune Français, sain de corps et d’esprit, loyal, courageux, dévoué à la communauté nationale, et révolutionnaire, au sens donné par les théoriciens fumeux de la Révolution nationale. Après le désastre militaire et politique de juin 40,et à cause du profond traumatisme qui affectait les Français, il s’agissait pour les promoteurs de lutter pour le renouveau de la nation par l’adoption des vertus qui avaient permis à l’adversaire de l’emporter C’est la réaction habituelle du vaincu qui cherche à intégrer les qualités attribuées au vainqueur.

Ainsi, on retrouve dans la doctrine officielle, un peu des directives d’Abel BONNARD ministre de l’éducation nationale du gouvernement LAVAL,qui n’a jamais caché son admiration pour la force idéologique qui animait les jeunesses hitlériennes et fascistes.

Malgré les pressions subies, les chefs nationaux et surtout Claudel et Olivier RABAUD ont avec quelque succès, essayé de protéger leur mouvement de cet attrait sulfureux, et lui garder sa spécificité française et une neutralité prudente par rapport aux orientations gouvernementales. C'est ainsi qu'il est curieux de constater que les dirigeants des EQUIPES NATIONALES dans la plupart des notes et directives adressées aux échelons subordonnés, ne font jamais allusion à l’évolution de la guerre en cours et de l’incertitude de son issue ( pourtant déjà discernable en 1943 ).

Ces personnalités, semblaient donc considérer la situation militaire aussi bien que politique définitivement figée. Ils estimaient devoir se résigner à vivre dans un pays à jamais vaincu sur le plan militaire, mais qui, par une lente transformation des mentalités, retrouverait petit à petit son honorabilité, sa dignité, et pourrait ainsi espérer prendre une place honorable dans une Europe unie dominée par le Reich hitlérien. C'était, de fait, entrer dans la politique du gouvernement LAVAL qui croyait fermement à la victoire allemande dans un conflit désormais mondial. Ainsi, l'équipier national deviendrait après serment, un "Chevalier", futur chef, qui devrait se dévouer entièrement à la communauté nationale dont le sol, la race et le sang sont le lien. Ce " Chevalier " ne saurait, bien entendu, être juif, ou franc maçon et devrait devenir un animateur résolu de la Révolution nationale.

On retrouve ces directives dans l'unique numéro du Courrier des Equipes nationales de Mars 1943 ( rédigé par PELORSON ) et, diffusé jusqu'aux plus bas échelons de l'organisation hiérarchique, une certaine imitation des jeunesses des régimes totalitaires de l'époque, ainsi que le montrent ces quelques slogans figurant dans le "Courrier des Equipes nationales". 

- La vertu est aux forts… 

- Sois preux et non prude

- France, réveille-toi ! ( qui traduit exactement la devise du N.S D.A.P "Deutschland erwache")

- Fais de l’honneur, ta première vertu-

- Sois fier de ta race

- Va de l’avant, la France t’attend etc

Ces slogans, de nos jours inadmissibles pour leur connotation totalitaire et raciste, ne seront toutefois pas repris par la suite dans le programme éducatif, qui, dans l'ensemble, se veut seulement d'une grande orthodoxie morale ou civisme, altruisme et amour de la patrie meurtrie sont exaltés avec une grandiloquence typiquement "vichyste".

Le grand dessein espéré qui était de réveiller ,chez les jeunes volontaires, le sens de la grandeur, la force, du sacrifice pour donner à la France une élite qui soit à la hauteur de la "Révolution Nationale" et des sacrifices que la nation avait à accomplir pour se libérer de son (soi-disant) mal à savoir, le régime parlementaire pourri, la démocratie émolliente l'esprit de jouissance etc. Ce dessein s'est trouvé singulièrement restreint pour s'adapter aux impératifs dictés par la situation militaire en évolution.


IV - EVOLUTION PRATIQUE DU GRAND DESSEIN

Il apparaît ainsi que le "grand dessein" pour la jeunesse unique a été grandement occulté par des tâches pragmatiques et urgentes dues aux raids aériens et de la nécessité impérieuse d’aider et secourir les populations en danger.

En effet, dés le début de 1944, l’organisation d’un corps opérationnel de secours pour remédier aux conséquences des évènements de guerre et appelé" Sections d'Opérations et de. Secours ou S.O.S " a sérieusement limité la formation morale voire politique de "l'élite" chargée de la promotion et de l’animation de la " Révolution nationale". On a du se limiter à la seule instruction pratique des techniques de secours pour l'efficacité dans la mission de ces nouvelles unités de secours.

Les partis politiques acquis à la collaboration, étaient farouchement hostiles au jeune mouvement,( Un ramassis de gaullistes ! disait Marcel DEAT chef du R.N.P ). Ils avaient très vite interdit à leurs formations de jeunesse d’adhérer aux Equipes nationales, ce qui limitait fortement l’ambiance "Europe nouvelle" au sein du mouvement, et a facilité le camouflage de résistants , de jeunes juifs et de nombreux réfractaires au S.T.O. De fait, les organisations de la résistance (certains cadres à tous les échelons des Equipes nationales adhéraient au M.U.R à l'O.C.M ou à l'O.R.A.). avaient discrètement noyauté bon nombre d' unités des Equipes nationales. Des dirigeants de la résistance, en particulier l'O.R.A, avaient discerné dans cette nouvelle organisation de jeunesse, quasi paramilitaire, hiérarchisée, disciplinée, animée d'un patriotisme ombrageux et pratiquement exempt de "collabos", des possibilités de l' engagement des unités les plus sûres et les plus aptes dans des opérations militaires puis de maintien de l’ordre lors de la libération du territoire.

Ce fut le cas à PARIS en Août 44 pour certaines unités "S.O.S", comme le " bataillon HEMON ", qui participèrent activement aux combats pour la libération de la capitale.


V - L'ORGANISATION DES EQUIPES NATIONALES

La direction du mouvement à l'échelon national était confiée à l'Inspecteur général assisté d'un consistoire central, et de deux délégués généraux aux branches masculine et féminine. Les EQUIPES NATIONALES étaient strictement hiérarchisées et organisées en formations solidement structurées dans chaque département. Une discipline stricte et quasi militaire était exigée des équipiers envers leurs chefs, à tous les échelons.

La devise du mouvement était : " UNIS POUR COMBATTRE ".

Le règlement des EQUIPES NATIONALES explique cette devise ainsi :

La jeunesse française en effet, est engagée dans un combat rude et long, mais total et nécessaire pour que la France vive. Cette vie n'est possible qu'à la condition que soit sauvegardée l'unité nationale, dont l'union de la jeunesse est un des aspects essentiels L'union dans le combat symbolise donc totalement l'idéal des Equipes nationales.

LE RECRUTEMENT

Le recrutement des équipiers masculin et féminins se faisait en général dans les lycées, les collèges, les centres d’apprentissage, les usines voire dans les universités .Le recrutement était donc d’origine essentiellement urbaine.

Les équipiers nationaux étaient admis soit en qualité de temporaires, soit comme permanents. Les permanents selon leur âge étaient classés comme suit :

  • - Les cadets de 12 à 14 ans
  • - Les pionniers de 15 à 17 ans
  • - Les volontaires jusqu’à 25 ans

Les temporaires n’étaient employés qu'aux missions d’utilité publique ou de défense passive (sauvetage et déblaiement). Ils n’étaient pas astreints aux réunions périodiques éducatives et ne participaient qu’à l’instruction technique (secourisme, la technique du déblaiement, la lutte contre l’incendie etc).

Pendant la durée des missions, les temporaires étaient sous les ordres de chefs permanents à partir de l'échelon de la section.

L'UNIFORME

Les permanents furent dotés d’un uniforme de drap bleu comportant un pantalon fuseau ou jupe et un blouson aux boutons argent, écussonnés à la manche gauche au nom du département. Une chemise bleue avec cravate noire complétait cet uniforme. Une chemise blanche était portée pour les cérémonies. Le port de l'uniforme avec insigne de grade était obligatoire pour toutes les activités. Un brassard blanc au bras droit portait en lettres rouge "Secrétariat à la jeunesse EQUIPES NATIONALES".L'équipier était coiffé d'un béret basque noir portant un insigne circulaire en métal qui reproduisait la croix celtique.

En tenue d’exercice ou de déblaiement, les équipiers portaient un bourgeron de toile bleu ou kaki avec le brassard et étaient coiffés du casque "ADRIAN" de l’armée avec bande blanche. Les temporaires n'étaient dotés que de la tenue de déblaiement avec brassard et casque.

En civil, les permanents portaient la croix celtique à la boutonnière (couleur bronze pour l'insigne d'honneur).

Si le groupe avaient fait l'objet d'une citation à l'ordre des Equipes nationales pour les opérations de sauvetage, la fourragère tricolore était accordée à cette unité et portée par les équipiers après la cérémonie de leur engagement.

Chaque équipier national devait être porteur d’une carte d’identité spéciale avec photo en uniforme, numéro matricule à l'incorporation à l’échelon du département ainsi que le grade obtenu. Un laisser-passer permanent était également délivré aux permanents et aux temporaires pour rejoindre de nuit pendant le couvre feu imposé en zone occupée ,la permanence locale des EQUIPES NATIONALES où les secours s’organisaient en liaison avec la Défense passive et la Croix rouge.

NOTA :Les équipiers nationaux se saluaient entre eux ainsi que les chefs rencontrés, en levant le bras droit : l’avant-bras formant un angle de 90°, la main à la hauteur de la tempe.( Salut du chevalier sans arme) En tenue de service avec casque, ils exécutaient le salut militaire réglementaire dans l'armée.

LA STRUCTURE DES UNITES

LES PERMANENTS

Sous la responsabilité du Chef départemental les unités des EQUIPES NATIONALES comportaient :

  • L'unité élémentaire de base appelée " Main" était composée de 5 garçons ou filles commandés par le chef de main assisté d'un second de main. Le chef de main portait un galon argent à l'épaulette, le second de main un galon de laine rouge. La Main s'attribuait un nom choisi le plus souvent parmis les grands hommes de l'histoire de France.( Par exemple : La Main "CHARCOT"). Le règlement intérieur des EQUIPES NATIONALES précise le rôle de la Main comme étant "l'unité de base, l'unité de travail en commun, l'unité de camaraderie, le terme de "camarade" s'appliquant à des jeunes qu'unissent non seulement des liens d'amitié et de confraternité professionnelle habituels, mais plus encore le souci de réaliser un travail d'équipe efficace pour le bien de la communauté et le bon renom de l'équipe à laquelle ils appartiennent"
  • Plusieurs Mains formaient une Section commandée par un chef de Section assisté d'un second de section (Deux galons d'argent pour le chef, un galon d'argent et un de laine rouge pour le second). La section portait également un nom de baptême : Exemple : "Section BAYARD". La section était l'unité d'instruction (formation technique et cercles d'études) qui pouvait être également une unité administrative lorsqu'il s'agissait d'une petite agglomération. C'est au sein de la section, par la préparation et l'exécution des tâches communes que les équipiers des Mains se connaissaient et s'épaulaient.
  • Plusieurs sections formaient un GROUPE commandé par un chef de Groupe (trois galons d'argent) assisté d'un second (Deux galons d'argent et un rouge) Le groupe portait le nom de la ville où il stationnait. Exemple: "Le groupe de TOURS".
  • Dans les grandes agglomérations et le département, le découpage comportait le BAN qui correspondait à la réunion de plusieurs groupes et enfin la VILLE. Le Ban et la Ville étaient des unités administratives et géographiques où avaient été crées un ou plusieurs groupes. Les chefs de Ban et chefs de Ville portaient une étoile ou deux sur l'épaulette. Ils devaient suivre des stages de formation dans une des écoles nationales des cadres et en qualité de chefs permanents, ils étaient appointés par le Secrétariat à la jeunesse.

LES SECTIONS OPERATIONS SECOURS ( S.O.S )

Un accord passé entre les Equipes Nationales et l'éducation nationale, le Secrétariat à la jeunesse, le S.I.P.E.G ,la Défense passive, et la Croix rouge, reconnaissait officiellement les Equipes nationales comme habilitées pour être le cadre d'emploi de toute la jeunesse se portant au secours des populations menacées ou déjà atteintes par les évènements de guerre ( instructions des 17 et 18 juin 1943 ). Ainsi, les permanents et les temporaires en âge et physiquement aptes, étaient affectés sous les ordres des cadres permanents des Equipes nationales dans les S.O.S pour participer, sur réquisition des préfets aux opérations du ressort de la défense passive, des sapeurs-pompiers , et à certaines missions dévolues à la Croix rouge. L'organisation S.O.S intégrait non seulement les permanents masculins et féminins (Pionniers et volontaires) les temporaires, mais aussi les équipes d'urgence de la Croix rouge avec ambulanciers et infirmiers.

La structure hiérarchique comprenait :

  • L'Equipe S.O.S d'un effectif de 10 jeunes qui était commandée par un chef d'équipe assisté d'un adjoint (souvent un chef de Main "permanent")
  • La section S.O.S comportait plusieurs équipes ,elle était commandée par un chef de section et son adjoint
  • Le Groupe S.O.S englobait plusieurs sections sous les ordres d' un chef de groupe et d'un adjoint

Nota :Il n'y avait pas de formation supérieure au groupe, et toutes les unités S.O.S étaient sous les ordres du chef de Ban ou de ville eux-mêmes subordonnés directement au Chef départemental (Deux étoiles sur l'épaulette)

Les éléments féminins et les cadets participaient également aux missions S.O.S dans l'organisation du ravitaillement des équipes ou du secourisme sur le terrain.

LA TENUE DES S.O.S

Les équipiers S.O.S étaient dotés d'un treillis bleu ou kaki avec un brassard blanc portant les lettres "S.O.S" en rouge avec un numéro d'immatriculation. L'insigne de grade en bleu se portait sur une patte de poitrine rouge boutonnée sur la veste du treillis.

Il leur était attribué un casque "ADRIAN" kaki avec une bande blanche. En juin 1944, ce casque fut, sur ordre des Allemands, peint entièrement en blanc. En outre, ils percevaient une paire de brodequins neufs ce qui était à cette époque particulièrement apprécié. Pour les travaux de déblaiement, les équipiers S.O.S étaient dotés d'un outil individuel (pelle ou pioche) et l'équipe S.O.S disposait d'un ou plusieurs brancards éventuellement d'un chalumeau découpeur et d'une charrette à bras pour transporter leur matériel.


VI - LES ACTIVITES EDUCATIVES ET CIVIQUES

Les permanents des Equipes Nationales étaient tenus à des activités périodiques conformément aux directives définies par le consistoire central.


VII - LA DOCUMENTATION

Par la voie hierarchique, des documents remarquablement élaborés sous forme de fascicules, parvenaient jusqu'aux chefs de mains.

Cette documentation incluait :

Il est à noter que l'ensemble de ces documents était particulièrement soigné (impression sur un beau papier beige en caractères bleus et rouges).

NOTA : Le règlement intérieur des EQUIPES NATIONALES était une quasi copie du règlement de discipline générale de l'armée (la manœuvre à pied, les marques extérieures de respect etc).

Les circulaires mensuelles dont 8 parurent de juillet 1943 à février 1944 comportaient :

Liste des mots d'ordres parus :

NOTA : Il y eut une C.M 8 qui fut la dernière. Elle ne figure pas dans les archives des Equipes nationales à TOURS. Nous en ignorons le thème et l'auteur.


VIII - LES ACTIVITES DE L'EQUIPIER PERMANENT

La Main, unité élémentaire, devait se réunir en principe une fois par semaine, souvent au local des EQUIPES NATIONALES mais aussi au domicile du chef de Main, voire chez les équipiers à tour de rôle. La réunion de Main avait surtout pour but de préparer la sortie de Main et de pratiquer et développer l'instruction technique (lecture au son, secourisme, chant etc.). La sortie de Main, qui avait lieu une fois par mois en principe, servait d'exercice pratique à l'instruction technique des réunions hebdomadaires (marche à la boussole, lecture de carte, entraînement à la marche etc.). Si un novice venait d'être affecté à une Main, la sortie mensuelle permettait à son Chef de jauger la nouvelle recrue et de la préparer à la cérémonie de " l'engagement". La réunion de section ou de groupe avait pour but la cohésion des Mains. Elle était généralement bi-mensuelle et comportait l'exposé des fiches et la discussion et commentaires des mots d'ordre mensuels reçus de la direction nationale. Cette réunion se déroulait toujours au local et était souvent présidée par le chef de ban ou de ville. La formation technique sur le secourisme et l'intervention pour des tâches civiques et de déblaiement était pratiquée à cette occasion.( Instruction sur des effets de bombes incendiaires, lutte contre le feu etc. ).

La préparation à l'engagement des nouveaux novices permanents était particulièrement soignée à ces réunions, qui se terminaient toujours par des chants en chœur.

NOTA : En ce qui concerne la pratique du chant aux Equipes Nationales, qui était particulièrement à l'honneur comme dans toutes les organisations de jeunesse à l'époque ,le fond provenait de la tradition militaire ( Le régiment de Sambre et Meuse ou le Chant du départ, les Allobroges) du Scoutisme ,des Auberges de la jeunesse, et des Chantiers de la jeunesse. Il est à noter que l'hymne officiel des jeunes sous VICHY " Maréchal, nous voilà " n'était jamais chanté à TOURS. Par contre le triste et nostalgique " Chant des prisonniers " terminait toutes les réunions des Equipes Nationales à TOURS.

Nota: Ce chant connu actuellement sous le titre " chant des marais " a été composé par les déportés allemands au camp de concentration de NEUENGAME ce qui était évidemment ignoré à l'époque.

Une sortie de Groupe d'un ou plusieurs jours était organisée plusieurs fois par an à l'occasion des congés scolaires Elle permettait l'évaluation de la valeur collective de cette unité lors d'un feu de camp avec évocation patriotique, chants, et le grand jeu traditionnel (de jour et de nuit).

La cérémonie de l'engagement avait lieu lorsque le chef de section estimait que les novices étaient prêts moralement et physiquement. Elle procédait du cérémonial scout (La promesse) et souvent à l'occasion d'une journée commémorative ou de la visite d'un chef national.


IX - LA CEREMONIE DE L'ENGAGEMENT

Cette cérémonie parfaitement codifiée se déroulait au local ou en ville ou au cours d'une activité extérieure (comme une sortie de Groupe).

La veille de la cérémonie, les aspirants étaient réunis pour une méditation dirigée sur le sens de leur engagement. Le lendemain, devant toutes les unités masculines et féminines rassemblées avec le fanion du Groupe, sous la présidence du chef départemental, du délégué à la jeunesse et parfois en présence des autorités locales ( Maire, Préfet ).

A l'appel de son nom, l'aspirant en uniforme, se présentait devant le fanion et sa garde d'honneur. Le chef départemental s'adressait à lui en ces termes : "X.. Tes chefs t'ont jugé digne de devenir volontaire aussi, je t'autorise à prononcer ton engagement". Le promu se découvrait et d'une voix forte disait " Je me mets au service de la France et m'engage à obéir à mes chefs pour accomplir les tâches qui me seront confiées et faire honneur aux EQUIPES NATIONALES". Le chef départemental lui remettait son insigne de coiffure qui le désignait désormais comme volontaire (ou pionnier ou cadet).

La cérémonie se terminait par un défilé de toutes les unités devant le fanion, voire le drapeau national des EQUIPES NATIONALES si un chef national était présent.

La cérémonie de l'engagement était très proche de la promesse scoute et, dans l'armée à la présentation des recrues au drapeau du régiment.


X - CONCLUSION

Les EQUIPES NATIONALES étaient hiérarchisées et soumises à une forte discipline envers les chefs à tous les échelons. L'organisation des activités était remarquablement conçue et exécutée par des chefs compétents et animés d'un ardent patriotisme. Le jeune équipier aussi bien permanent que temporaire se sentait bien encadré. Il était conscient de l'utilité des missions qui lui étaient confiées Il ressentait une légitime fierté de la gratitude manifestée par les victimes et les sinistrés des bombardements et de la sympathie acquise à leur égard par les Français.

L'hostilité ouvertement manifestée par les mouvements collaborationnistes envers les EQUIPES NATIONALES a largement dédouané les équipiers de l'étiquette de sympathisants de la " Révolution nationale" de "l'Europe nouvelle" et des miliciens, (dont l'uniforme un peu similaire pouvait prêter à confusion). Cette hostilité leur a ainsi assuré l'estime de la majorité d'une population en détresse, ce qui est exceptionnel pour un mouvement pourtant authentiquement "vichyste".

On notera à cet égard, que les volontaires des S.O.S se sont vus attribuer après la guerre, la médaille commémorative de la guerre 39-45 avec l'agrafe " Défense passive" ( Décret ministériel n° 46 1217 du 21 Mai 1946 ).