LES EQUIPES NATIONALES A TOURS

(1942 - 1945)


LA SITUATION A TOURS EN 1943-1944

L'agglomération tourangelle formait un centre ferroviaire important comportant des ateliers de réparation de locomotives, deux gros dépôts de machines, et une vaste gare de triage. C'était en outre, un point de passage sur la coupure que représente la LOIRE franchie par trois ponts routiers et deux ponts ferroviaires. De plus la Luftwaffe occupait la base aérienne de PARCAY-MESLAY et depuis 1940 l'avait considérablement développée comme base de bombardiers lors du " blitz" sur l'Angleterre. Elle devenait ainsi un objectif stratégique à attaquer par l'aviation alliée pour assurer la sécurité du futur débarquement. Enfin un important établissement industriel (Les usines A.G.O ex LIOTARD) situé à SAINT PIERRE DES CORPS était spécialisé dans la réparation de moteurs d'avions pour la Luftwaffe

Ainsi TOURS et sa banlieue devenaient un objectif important pour les aviations alliées qui, avant et après le débarquement, avaient pour mission d'empêcher le trafic ferroviaire et détruire les bases de la Luftwaffe. Il leur était impératif également d'encager la zone de débarquement pour empêcher l'arrivée des renforts ennemis en vue d'une contre-offensive. Il était donc certain que ces aviations alliées allaient attaquer toutes les installations stratégiques et que des dégâts ne manqueraient pas de se produire dans la zone urbaine qui entoure les objectifs énumérés plus haut. La population des quartiers dangereux par leur proximité des installations visées, n'a donc pas été surprise par le nombre et la violence des raids aériens.

De fait, du 23 juin 1942 au 13 Août 1944,les seules installations ferroviaires de TOURS-SAINT PIERRE DES CORPS subirent 32 attaques aériennes et reçurent quelque 3500 tonnes de bombes, sans compter les raids quasi quotidiens sur les ponts routiers et ferroviaires traversant la Loire, la destruction méthodique de la base de la Luftwaffe à PARCAY-MESLE, les attaques de l'usine LIOTARD fournisseur de la Luftwaffe auxquelles s'ajoutaient des attaques sur les nombreuses batteries de D.C.A et autres installations militaires.

Ces raids nombreux et massifs, par la dispersion inévitable des projectiles largués en grande quantité, provoquèrent la destruction de plus de 3 500 immeubles à TOURS et sa banlieue qui s'ajoutaient aux dommages de l'artillerie allemande lors des combats sur la Loire en juin 1940 (12 hectares du centre ville entièrement rasés). A la Libération de la ville le 1er Septembre 1944, TOURS et ses environs immédiats étaient un champs de ruines.

Le nombre des victimes, tout important qu'il ait été (582 morts ont été dénombrés) a été relativement restreint du fait de la prise de conscience de la population de vivre à proximité d'objectifs militaires. Les tourangeaux prenaient au sérieux les alertes et avaient pu à temps, évacuer les quartiers dangereux. Il faut rapprocher à cet égard, les quelque 1100 morts de NANTES surpris en plein jour par deux raids qui avaient pourtant été annoncés par une alerte.


I - ORGANISATION DE LA DEFENSE PASSIVE

Le Chef départemental de la défense passive était depuis 1939, le général du cadre de réserve de WIKOVSKI dont le P.C se situait dans les caves de l'hôtel de ville. Le chef de la Défense passive avait divisé la ville en quatre secteurs, sous-secteurs, et îlots. Chaque division et subdivision avait donc son chef responsable. Toutefois, les équipes de secours de la D.P pourtant bien outillées et instruites étaient trop peu nombreuses pour assumer entièrement leur mission du fait de l'ampleur des dégâts occasionnés par de multiples bombardements aériens.

Les sapeurs-pompiers de TOURS sous les ordres du capitaine GAUTIER officier remarquable, étaient tout juste équipés pour intervenir en temps de paix, mais insuffisamment pour lutter contre les énormes incendies provoqués par les bombes incendiaires. Par exemple à TOURS le matériel d'intervention ne comportait qu'une petite autopompe de premier secours de 60 m3/h,un fourgon de 120 m3/h,et une échelle automotrice de 24 m. Quelques motopompes de 15 et 30 m3/h complétaient ces engins. D'autre part ce matériel était ancien et en 1943 usé par une utilisation intensive ( en particulier lors du gigantesque incendie du quartier nord de la ville en juin 1940 ).

La création et le développement des EQUIPES NATIONALES avec ses nombreuses équipes S.O.S allaient considérablement aider l'organisation et l'efficacité des secours au moment où, en vue du débarquement, l'aviation alliée commençait une vaste offensive aérienne pour détruire les communications ferroviaires et routières dont TOURS était un nœud important.


II - ORGANISATION DES EQUIPES NATIONALES A TOURS

La délégation départementale du Secrétariat à la jeunesse dont le siège se trouvait au n° 76 rue Nationale, était dirigée par un jeune contractuel du Secrétariat Général de la Jeunesse : le dynamique et sympathique Hubert BIESSY. En novembre 1942 il avait chargé André BOUJU d'organiser (au 78 de la rue d'Entraigues) un local de réunion pour la branche masculine des EQUIPES NATIONALES qui venaient d'être créées. C'est en Février 1943 qu'a commencé le recrutement de permanents et dés la fin de 1943, 70 jeunes étaient déjà inscrits ainsi que quelques temporaires. Fin Mai 1944, l'effectif des permanents atteignait 149 garçons et 81 jeunes filles. Les temporaires comptaient à cette même époque quelque 173 garçons (dont une centaine de scouts routiers et jeunes des chantiers) et 113 jeunes filles.

Les EQUIPES NATIONALES de TOURS et banlieue en Juin 1944 disposaient ainsi d'un effectif global de 435 jeunes, chefs compris.

Le nombre important de volontaires a permis de structurer l'organigramme des Equipes nationales avec, par ordre hiérarchique :

Chef départemental

G. RAMIZ

Chef de ville ( branche masculine)

A. BOUJU

Chef de ville adjoint

J. DESRUMAUX

Cheftaine de ville ( branche féminine)

C. FOUGERON

Chef de groupe

P. DEJONC

Chef de groupe adjoint

J. VIEULLE

Soit : 8 sections de volontaires permanents


III - LE GROUPE S.O.S

Les effectifs de temporaires s'ajoutant aux 8 sections de volontaires, ont permis la mise sur pied à partir de mars 1944 d'un groupe opérationnel S.O.S commandé par le chef de ville BOUJU. Cette importante unité comptait quelque 250 équipiers permanents et temporaires dont 30 routiers Scouts de France et à partir d'août 1944 20 jeunes des chantiers de la jeunesse détachés du Groupement TURENNE ( muté en Touraine au titre du S.T.O pour travailler au profit de l'organisation TODT sur les coupures des ponts de la Loire)

Ce groupe de 250 équipiers S.O.S formait avec les volontaires de la défense passive, les équipes d'urgence de la Croix rouge, l'essentiel des moyens de sauvetage et de déblaiement de la ville de TOURS pendant la période des bombardements intensifs (d'avril à août 1944 ).


IV - L'ORIGINE DU RECRUTEMENT

Les jeunes gens et jeunes filles nés entre 1925 et 1928 volontaires à l'adhésion aux EQUIPES NATIONALES provenaient essentiellement des lycées DESCARTES et BALZAC, de l'école supérieure PAUL-LOUIS COURIER,des collèges SAINT GREGOIRE , NOTRE DAME DE LA RICHE, ST URSULE et SAINT MARTIN (Deux sections masculines et une féminine). De nombreux stagiaires des centres de formation professionnelle de MONTS (Centre "FAIRE FACE" du PASSOIR) du Parc de GRANDMONT (centre PEGUY) avaient également permis la mise sur pied de trois sections de jeunes apprentis. De même, le centre de formation professionnelle féminin de BELLEVUE (SAINT SYMPHORIEN) avait pu fournir une section de jeunes filles.

Les jeunes de moins de 15 ans admis comme cadets formaient une section uniquement masculine.

Nota : Le recrutement fut prudemment sélectif, pour limiter au maximum l'arrivée d'éléments appartenant à des formations politiques collaborationnistes. De fait, sur l'effectif total des permanents et temporaires, seuls quelques francistes ont été intégrés par la force des choses, mais l'ambiance ne leur convenant pas, ils sont rapidement partis d'eux-mêmes (non sans menaces..!)

Ces jeunes gens et jeunes filles permanents volontaires n'appartenant pas à un mouvement de jeunesse d'avant la guerre (comme le Scoutisme, les "Cœurs vaillants" etc.). avaient été séduits par le dynamisme des chefs tourangeaux qui ont su capter et diriger utilement pour les missions sociales, le potentiel d'enthousiasme et d'énergie qui les habitaient. L'uniforme bleu et élégant était suffisamment différent de celui porté par les jeunes des mouvements collaborateurs pour éviter toute confusion. Il contribuait pour beaucoup à développer l'esprit de corps des équipiers et des équipières.


L'ACTIVITE DES EQUIPES NATIONALES


I - ACTIVITES EN TANT QUE MOUVEMENT DE JEUNESSE

Les activités des Equipes Nationales tourangelles en tant que mouvement de jeunesse ont été relativement éphémères (de novembre 1943 à mars 1944) car les évènements de guerre ont rapidement prévalu sur le programme éducatif élaboré par les instances nationales. Ce n'est que sur cette courte période que les directives du consistoire central ont été peu ou prou appliquées avec les particularités dues à l'état d'esprit des chefs locaux, et par le recrutement prudent d'éléments non inféodés aux partis collaborationnistes.

Le chef départemental provenait du scoutisme (Georges RAMIZ était un ancien Scout routier de SAINT NAZAIRE). Il inculquait par son charisme son idéal aux chefs et aux équipiers. En ce qui concerne les directives nationales, qui arrivaient effectivement jusqu'aux sections, l'application et les commentaires étaient empreints évidemment de l'esprit qui animait le Chef départemental. C'est ainsi que les réunions et sorties ressemblaient aux activités scoutes avec le vernis moralisateur de l'époque et une attitude très anti-allemande.

Un des temps fort de ces activités a été la journée du 5 décembre 1943,lors de la remise de son fanion au groupe de TOURS par l'Inspecteur national O.RABAUD. Cette cérémonie, qui rassemblait au parc de Grandmont l'ensemble des effectifs déjà recrutés, était présidée par le Secrétaire général à la jeunesse F.OLIVIER-MARTIN. A cette occasion, en présence du Préfet d'Indre et Loire, du Maire de TOURS et de l'Archevêque, le drapeau national fut confié au groupe de TOURS par le chef régional d'ANGERS (Le Chef LECUYER) pour récompenser l'attitude particulièrement courageuse des équipiers tourangeaux lors des bombardements de NANTES en septembre 1943

Autre temps fort et le dernier comme mouvement de jeunesse, a été la cérémonie de l'"engagement" du 14 Mai 1944, où devant le chef départemental et les responsables des secours ( Chef de la défense passive, chef des équipes d'urgence de la Croix rouge), plusieurs dizaines d'aspirants ont prêté serment et reçu leur insigne de volontaire.

Des sorties de mains, de sections et de groupe étaient organisées avec des veillées et feux de camp qui permettaient aux chefs des différents échelons, de jauger la résistance physique et morale des équipiers et de les préparer aux dures tâches qui les attendaient.


II - ACTIVITES EN TEMPS QU'UNITE D'INTERVENTION AUX SECOURS

La première intervention importante des Equipiers nationaux tourangeaux en tant que qu'organisation de secours, a été la participation aux opérations d'assistance lors des dévastateurs bombardements des 16 et 23 Septembre à NANTES Une mission qui se déroula du 23 Septembre au 3 Octobre 1943. Soixante jeunes volontaires sous les ordres de Georges RAMIZ ont été envoyés par le train sur NANTES où pendant 11 jours ils ont été employés au service de la morgue pour l'identification et la mise en bière des quelque 1 200 victimes. Cette tâche éprouvante moralement et physiquement pour des très jeunes gens a été menée avec une discipline et une abnégation qui ont valu au 1er Groupe de TOURS une citation à l'ordre des Equipes Nationales avec attribution de la fourragère tricolore ainsi que de l'insigne d'honneur pour le fanion du Groupe.

Les services éminents rendus à NANTES ont permis à une délégation de 7 équipiers de TOURS avec les chefs RAMIZ et BOUJU ainsi que la cheftaine FOUGERON d'être présentés et félicités par le maréchal PETAIN le 27 Novembre 1943 à l'hôtel du Parc à VICHY.

L'ampleur des destructions a amené les responsables des secours a engager la totalité des Equipes nationales masculines et féminines (au total 320 jeunes) pour l'exploration puis le déblaiement des quelques 500 immeubles détruits et 200 endommagés. Des bombes à retardement rendirent les opérations très dangereuses et plusieurs jeunes des Chantiers de la jeunesse y laissèrent la vie.

Quelques jours après, le débarquement des forces alliées en Normandie, le 6 Juin 1944 amena leurs aviations tactiques et stratégiques à interdire la zone des opérations pour retarder l'arrivée de renforts ennemis sur la zone conquise. La Loire représentant une coupure importante pour les mouvements ennemis sud nord, l'ensemble des ponts routiers et ferroviaires fut attaqué par une série de raids dévastateurs qui frappèrent TOURS et sa banlieue.

Le front se rapprochant lentement mais sûrement, les bombardements devinrent quasi journaliers jusqu'au 13 Août 1944. Pas moins de 40 attaques sur les installations ferroviaires et sur les ponts de l'agglomération tourangelle furent décomptées.


III - LA MOBILISATION PERMANENTE DES EQUIPES S.O.S

Les raids se succédant pratiquement tous les jours et souvent plusieurs fois par jour les cours scolaires furent suspendus "sine die".

A partir du 19 Juin 1944, les S.O.S des Equipes nationales furent " encasernées " au petit collège SAINT GREGOIRE, avenue de Grammont afin de regrouper le maximum d'effectif disponible et faciliter ainsi la rapidité des secours et la planification les équipes à affecter aux chantiers de déblaiement. Une cinquantaine de charrettes à bras réquisitionnées furent stationnées dans la cour du collège et formèrent une sorte de pool logistique sous la responsabilité d'un chef de section qui disposait également d'un parc d'outils ( pelles, pioches haches, cisailles, poste de découpage oxyacéthylénique etc.) matériel auquel s'ajouta un stock de brancards attribués par la Défense passive. Les classes du collège furent transformées en dortoirs, et deux cuisines roulantes de l'armée fournies par le S.I.P.E.G assurèrent la cuisson des repas distribués aux équipiers de service.

Les équipières disponibles sous les ordres de la cheftaine de ville assurèrent le dur service de la préparation des repas de quelque 250 rationnaires quotidiens sur place et sur les chantiers. Une infirmerie sommaire fut même installée sous la direction d'un étudiant en médecine particulièrement dévoué et compétent. Le "commandant de la place" était l'adjoint au chef de Groupe, tandis que le poste de commandement du groupe S.O.S restait à la permanence des Equipes Nationales, au 78 de la rue d'Entraigues.

NOTA : Entre les alertes et les interventions, les lycéens en classe du baccalauréat et du brevet supérieur purent, tant bien que mal, suivrent quelques cours dispensés par des équipiers étudiants ou élèves des classes "prépa".

Au début d'Août, la possibilité de combats sur la LOIRE le front de Normandie ayant été enfoncé par les alliés amena le Chef départemental adjoint Pierre GOUDE (le Chef RAMIZ avait été arrêté par la Gestapo le 3 juillet 1944) à ordonner l'évacuation du collège SAINT GREGOIRE par sa "garnison" pour son transfert vers les sous-sols de l'immeuble dit JAULARD avenue de Grammont qui, bien qu'endommagé par des coups directs, présentait une meilleure protection contre des tirs d'artillerie possibles.


IV - LES ACTIVITES JUSQU'A LA LIBERATION DE TOURS

LES MISSIONS CIVIQUES ET SOCIALES

Lorsque les raids aériens en laissaient le temps, les équipiers et les équipières étaient employées à des travaux d'utilité sociale.

Les jeunes filles visitaient les familles sinistrées et s'ingéniaient à leur apporter un peu de réconfort. Pour les garçons, un vaste chantier de récupération de bois dans les immeubles sinistrés fut ouvert sur le site de l'ancienne usine à gaz rue DELPERIER. Ce chantier était organisé au profit du Secours national pour le ravitaillement en bois de chauffage des différentes cuisines de cette organisation qui fournissait des repas à la plupart des sinistrés.

Des équipes munies de charrettes à bras de la section "logistique" parcouraient les zones bombardées et ramenaient leur chargement au centre de sciage et de stockage de la rue DELPERIER ou d'autres équipes de scieurs coupaient à la bonne dimension des stères et des stères du bois récupéré dans les ruines. Des heures durant sous le soleil d'un été brûlant les équipiers torse nu ont débité et transporté quelque 1 500 stères au Secours national. Les équipiers et les équipières assuraient également l'accueil des réfugiés en provenance de NORMANDIE, les dirigeaient sur les centres d'accueil et participaient à leur ravitaillement.

Une équipe de S.O.S avait été acheminée sur CHATEAU LA VALLIERE où arrivaient des trains de réfugiés par le réseau à voie métrique C.F.D lequel a fonctionné pratiquement jusqu'à la Libération.

Les trains, mitraillés et immobilisés sur les voies à proximité de TOURS, étaient déchargés des denrées utilisables pour le ravitaillement de la population (Farine, beurre charbon etc.). Une unité d'équipiers fut également chargée du gardiennage du centre professionnel de GRANMONT où un parc de machines outils de grande valeur devait être sauvegardé d'un pillage éventuel. Ce centre professionnel était environné de pièces d'artillerie allemande qui échangeaient ses obus avec les batteries américaines de l'autre coté de la vallée de la LOIRE.

Dans le cadre de l'opération "Extrême détresse" de la préfecture, une chaîne de liaison par estafettes cyclistes fut chargée d'acheminer le courrier officiel sur leurs destinataires . Des équipiers ont ainsi participé à cette sorte de "Pony express" parcourant des dizaines de kilomètres pour porter au relais prévu le sac de courrier officiel. Il arrivait souvent le "relais" n'était pas au rendez - vous et le courrier restait par la force des choses en souffrance.

LES PROJETS DE LA RESISTANCE

Le chef départemental GEORGES RAMIZ voyait dans ses unités S.O.S bien encadrées et très disciplinées une possibilité de les faire participer aux actions de harcèlement et de sabotage des F.F.I. En effet comme le subodoraient les partis collaborationnistes locaux (Le R.N.P, le P.P.F, les FRANCISTES, les MILICIENS), les Equipes nationales tourangelles étaient dans leur quasi totalité très anti-allemandes et rêvaient d'en découdre dans les combats escomptés de la Libération.

Le Chef RAMIZ déjà très engagé dans la résistance en Bretagne, compte tenu de l'ambiance et de la solidité de ses équipes, prit contact avec le mouvement O.R.A par l'intermédiaire de Pierre ROHARD scout routier. Il rencontra ainsi en Avril 1944 en forêt de LOCHES, le colonel AILLERET, futur chef d'état major de l'armée, qui était alors responsable régional de ce mouvement. Il fut convenu d'entraîner et d'engager les garçons des Equipes Nationales en âge de l'être dans la résistance active le moment venu. Malheureusement, à la suite d'un parachutage à LA CHAPELLE AUX CHOUX rendu tragique par trahison et où matériel et hommes furent embarqués par les allemands, Georges RAMIZ a été arrêté le 3 juillet 1944 et odieusement torturé par la Gestapo de TOURS (S.D). Son adjoint Pierre GOUDE et André BOUJU durent suppléer la disparition soudaine du Chef départemental.

Georges RAMIZ déporté à BUCHENWALD puis en kommando dans les mines de sel de STASSFURT, a pu survivre contrairement à Lucien FILLON routier temporaire des Equipes nationales qui est mort à NEUENGAMME. Georges RAMIZ est revenu à TOURS le 2 Juin 1945. Il a retrouvé le 1er Groupe de Paul DEJONC en grand uniforme qui l'attendait au local toujours existant au 78 de la rue d'Entraigues. Ce fut une belle cérémonie et un grand moment d'émotion que ce retour d'un chef charismatique pourtant bien affecté physiquement par l'enfer qu'il venait de subir. Ce héros de la résistance, cité à l'ordre de l'armée, a reçu la médaille militaire puis a été promu chevalier de la légion d'honneur pour son action éminente contre l'ennemi.

C'est ainsi que les équipiers nationaux de TOURS n'ont pas pu participer en unité constituée aux combats de la Libération. Toutefois beaucoup d'entre eux ont rejoint les F.F.I et l'armée du général de LATTRE. Si l'action armée n'avait pu s'engager comme le souhaitait Georges RAMIZ, il y eut encore assez d'évènements tragiques pour utiliser pleinement l'ardeur et le dévouement des jeunes patriotes des Equipes Nationales.


V - LA LIBERATION ET L'APRES GUERRE

Les raids aériens ont cessé sur TOURS vers la mi-août 1944. Il est vrai qu'il n' avait plus guère d'objectifs à détruire, toutes les installations ferroviaires, la base aérienne, les usines, les ponts étaient en ruines. Par contre les colonnes allemandes qui remontaient du sud vers le nord est, étaient systématiquement attaquées par les avions d'assaut alliés. Puis ce furent quelques tirs d'artillerie lorsque les forces américaines arrivèrent sur la Loire et qui répondaient aux tirs des pièces allemandes en position sur les coteaux du Cher. Encore des victimes à secourir et des dégâts aux maisons des quais de la Loire. Cette canonnade était cependant mineure car les forces américaines qui fonçaient sur l'est parisien, se gardaient seulement sur leur flanc droit et n'avaient pas l'intention de traverser le fleuve en force. Ces tirs d'artillerie n'avaient aucune mesure avec les grands raids des mois précédents, et un calme approximatif précédait la libération de la ville.

Le 1er septembre 1944, la Wehrmacht en retraite vers le nord est évacuait TOURS sans combat, non sans faire sauter le reste des ponts épargnés par l'aviation alliée. Tandis que des éléments du 32ème R.I reformé par les F.F.I faisaient leur entrée dans la ville ruinée, les Equipes nationales participaient au maintien de l'ordre. En particulier; elles furent chargées de la garde en armes des bâtiments de l'état major du IXème corps d'armée dans rue des Minimes.

Le départ des occupants et la liberté retrouvée allaient toutefois entraîner de profondes modifications dans les Equipes nationales tourangelles. En tant que mouvement de jeunesse crée par le gouvernement de VICHY, par principe et malgré des mérites dûment appréciés, la dissolution des Equipes nationales était prévisible et de fait, elle est intervenue dés le 21 Septembre 1944.

La guerre pourtant devait durer encore 9 mois et tout danger n'avait pas disparu, moins par l'intervention de la Luftwaffe que par l'apparition des fusées du type V 1 et V 2 dont certaines s'étaient déjà abattues sur le nord de la France et la région parisienne.

C'est alors,(Leurs éminents services dûment reconnus par le gouvernement provisoire de la République) que les Equipes nationales ont été intégrées avec leurs chefs locaux et leur organisation dans le nouveau "SERVICE CIVIQUE DE LA JEUNESSE" avec les mêmes missions sociales et de protection civile. Cette nouvelle structure a permis aux équipiers tourangeaux de continuer leurs activités habituelles jusqu'à la fin et après les hostilités : Accueil des prisonniers et déportés, mise en bières des corps des fusillés de PARCAY MESLAY , déblaiement des ruines et service social etc.

Mais rapidement, comme il était normal, les Scouts routiers ont repris leur autonomie, ainsi que la plupart des temporaires .Les plus âgés se sont engagés dans la 1ere armée ou les forces F.F.I enrégimentées pour les combats de la côte atlantique.

Malgré cela, la plupart des permanents toujours aussi déterminés et forts de leur amitié, ont pu former une grosse section d'une cinquantaine de volontaires masculins et féminins sous le responsabilité du chef de ville André BOUJU. C'est cette section en uniforme avec le fanion remis en 1943 et entourée des routiers et des équipiers d'urgence de la Croix rouge qui a le 2 juin 1945 reçu Georges RAMIZ lors de son retour de déportation en présence des représentants des autorités de la ville et de la préfecture dans une ultime cérémonie au local de la rue d'Entraigues.

Après le 8 Mai 1945, la section masculine des ex Equipes nationales a été intégrée dans la préparation militaire qui venait d'être reprise. Cette intégration a permis par le biais d'exercices de formation militaire, de continuer des activités de plein air et de formation civique dans l'esprit qui avait été inculqué par Georges RAMIZ. Quelques nouveaux adhérents ont même été recrutés pendant cette période. Le départ de la classe 46 au service militaire à laquelle appartenait la majorité des garçons a mis un terme aux activités. Les plus jeunes ont adhéré aux "PIONNIERS DE L'UNION FRANCAISE" éphémère mouvement de jeunesse qui émanait de l'éducation nationale En 1947,tout dut cesser définitivement pour les ex-Equipes nationales tourangelles, cette originale formation de jeunesse dont le courage et la générosité ont été reconnue par tous.


EPILOGUE

 

Depuis la fin de la guerre, les liens d'amitié qui se sont forgés entre les équipiers et équipières, en deux années seulement mais qui furent si denses en évènements tragiques, n'ont pas disparus ni même ne se sont distendus.

En effet, vingt ans après la disparition de toute activité, en Mai 1967 et à l'initiative de Michel COLY, un premier rassemblement des anciens équipiers et équipières a été organisé. Il a alors été décidé de retrouver tous les adhérents aussi bien permanents que temporaires et essayer de les contacter pour des rassemblements périodiques.

Grâce aux archives heureusement conservées, une longue liste a été établie, et grâce au tout nouveau "minitel", et beaucoup de patience la plupart des adresses ont été retrouvées dans toute la France.

Depuis 1980, à METTRAY ( grâce à l'obligeance de Pierre DAVENIER maire adjoint de SAINT CYR SUR LOIRE responsable du centre de loisir municipal ),ces rassemblements sont devenus annuels. Ils regroupent en début juin et sur deux jours, jusqu'à une centaine d'anciens équipiers nationaux, scouts routiers, équipiers de la croix rouge qui formaient l'essentiel des secours à Tours pendant la période 1943-1945. A cette occasion, dans une ambiance de camaraderie soudée par les épreuves, les souvenirs anciens sont évoqués, les chants traditionnels sont repris, et une entraide efficace est accordée aux membres en difficulté. Une chorale mixte d'une trentaine d'exécutants a même été créée sous l'impulsion de Pierre NIVERT, qui se produit à chaque rassemblement annuel et hélas! lors des obsèques des anciens équipiers en fin de vie .

Une équipe de chercheurs et rédacteurs bénévoles a pu réunir en un ouvrage de quatre albums ,l'ensemble de ce qui concernait les Equipes Nationales à TOURS avec une importante iconographie, des documents d'archives et le recueil de souvenirs des adhérents. Cet ouvrage constitue l'histoire quasi exhaustive du mouvement en Touraine et reste disponible pour tous curieux des mouvements de jeunesse sous VICHY.